JOURNAL DE BORD DE NOTRE SEJOUR AU MAROC 2025

JOURNAL DE BORD DE NOTRE SÉJOUR AU MAROC

6è STAGE DE TISSAGE BERBÈRE A ANZEL

DU 5 AU 12 OCTOBRE 2025

Pour la 6è année, j’accompagnais des stagiaires vers une destination assez exotique dans le sud marocain, Anzel, village berbère traditionnel.

Dimanche 5 octobre

L’aventure s’annonçait belle encore avec un groupe de personnes motivées, toutes et « un » (puisque pour la première fois, un homme en faisait partie) passionné-es de tissage et le pratiquant sous diverses formes.

Nous nous sommes retrouvés en partie à l’aéroport de Marseille avec Viviane, Évelyne, Patrick, Dominique, Adèle et Laurence. Marion et Geneviève nous attendaient à Ouarzazate.

Là, c’est déjà un ailleurs déroutant, débarquement sur le tarmac, d’un coté la ville aux murs roses et de l’autre le désert de pierres, les montagnes et un grand ciel bleu.

Nous avons fait un petit tour en ville pour le change et roulé vers le sud pendant une petite heure dans notre minibus de la semaine avec Hamou le chauffeur.

A Anzel nous attendaient Anaya, notre hôtesse pour le tissage et le déjeuner, avec sa famille et les quatre tisserandes berbères qui allaient guider les stagiaires :

Fatma, Latifa, Khadija et Anaya ainsi que Fatima notre interprète. Nous nous connaissons bien maintenant ce qui facilite les retrouvailles chaleureuses.

Elles ont commencé la rencontre en nous faisant des démonstrations de cardage et de filage de la laine du Siroua, qui leur sert de base de tissage pour les tapis plats, puis de retordage et de fabrication des brins qui servent aux nœuds de la technique Ibouli.

Avant de partir, elles ont partagé le thé et les gâteaux du sud, biscuits secs de leur composition et moelleux délicieux.

Puis ce fut l’accueil de Brahim, ravi de retrouver un groupe de stagiaires dans son gîte à l’entrée du vieux village au sud de l’oued. Et puis notre premier dîner couleur locale fait de tajine poulet-légumes.

Lundi 6 octobre

Après un copieux petit déjeuner nous nous sommes retrouvées à l’atelier. Les tisserandes nous attendaient avec impatience. Quatre métiers à tapis (Haute lice) étaient répartis dans deux pièces et les stagiaires se sont organisées en binômes avec une tisserande et un métier sur lequel étaient déjà préparées deux chaînes et leur cordage de démarrage.

Puis le rituel commence. On regarde les tapis et les différentes techniques à notre disposition : Arroud (plat), Ibouli (nœuds), Chadoui (trames entrelacées) et brodés (en fait des brochés). Vient ensuite le choix des laines parmi les écheveaux teints pour la plupart par les tisserandes avec des pigments naturels et quelques coloris chimiques achetés au souk.


Les premières duites sont tissées et c’est la surprise pour tout le monde. Les écheveaux sont enroulés en huit. Il y a donc un encroix mais qui n’est d’aucune utilité au moment du tissage. En effet les tisserandes berbères coupent à la main des longueurs de fils de plusieurs dizaines de centimètres qu’elles introduisent dans la foule très étroite de la chaîne extrêmement tendue, en faisait passer ce fil entre l’index et le majeur et en aplatissant leur main le plus possible. Pas de navette donc! Juste des raccords en épissure partout dans le tapis et quelques ampoules aux doigts quand on n’est pas habitué!

Fatima traduit et le langage des mains fait le reste.

L’après-midi est consacrée à la Visite des jardins d'Anzel avec ses cultures en terrasses et ses systèmes de canaux d’irrigation typiques des cultures du bord des oueds.

Mardi 7 octobre

Reprise du tissage. Les petits tapis commencent à s’individualiser avec des ambiances colorées très différentes. Toutes les techniques sont représentées. La plus difficile est celle du chadoui. Le motif ressemble à une armure tissées avec plus de 4 cadres mais le résultat est le produit de l’entrelacement de deux trames contrastées, traditionnellement en noir et blanc mais que l’on voit aussi dans d’autres couleurs maintenant. Et puisqu’il s’agit dans cette aventure de partages et de rencontres de techniques et de culture, on s’entend avec les tisserandes berbères sur ce qu’elle vont tisser pour les stagiaires l’après-midi pendant nos visites. Ce sont des tissage à quatre mains.

L’après-midi est l’occasion d’approcher la richesse extraordinaire des tapis du sud-marocain avec la visite de la coopérative de tapis Iklane à Talaouste près de Tazenakt. Mohamed et Rachid nous présentent différents styles de tapis sous l’œil avisé de M’Barka la doyenne des tisserandes, présidente de l’association Iklane.

Mercredi 8 octobre

On prend le premier petit déjeuner dehors, au soleil levant derrière les montagnes avant de nous retrouver à l’atelier de tissage. Les tapis avancent et chacune y met sa personnalité en collaboration avec les tisserandes berbères. Il y a du calme et de la concentration dans les deux salles.

Après le déjeuner nous partons visiter un magnifique ksar inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, Aït Ben Haddou avec notre guide Idir. Les marches sont nombreuses et inégales. J’arrive quand même presque en haut avec l’aide de Rachid qui nous offre une pause thé dans sa boutique.

Jeudi 9 octobre

Le matin est consacré à l’exploration du souk de Tazenakt,

C’est Fatima qui nous guide dans ce magnifique marché typique fréquenté par tous les habitants d’un grand alentour. La région est encore très authentique et on y trouve chez les marchands de laine et d’accessoires de toutes sortes, des matériels de tissage, fuseaux, battoirs, plantes tinctoriales… Les stagiaires repartent chargé-es de laine et autres trésors berbères...

Après le déjeuner, nous avons une grande après-midi à tisser.

Les tisserandes berbères ont tissé ce matin et on peut voir les tapis « monter » . L’atelier bruisse doucement des changement de foule et des coups de battoir. Le soir tout le monde est bien fatigué !

Vendredi 10 octobre

On retrouve les tapis laissés le soir. On commence à penser à la fin du tissage, à terminer en équilibre, en harmonie, en symétrie ou bien de manière aléatoire.

L’après-midi est consacrée à la visite de l’oasis de Fint.

L’endroit est particulièrement spectaculaire, l’histoire du peuplement malien est unique dans la région. La tradition orale rapporte que les habitants de Fint originaires du Mali, étaient des nomades qui accompagnaient les caravanes commerciales et qui se sont sédentarisés dans l'oasis. La vie y est rythmée par la culture des palmiers dattiers, les visites touristiques et les tournages de cinéma car les studios de Ouarzazate sont tout proche. Nous sommes accueillis par notre guide Rachid à l’auberge de la famille avec du thé et des arachides.

Samedi 11octobre

Aujourd’hui la tension est palpable dans l’atelier car c’est le dernier jour de tissage.

Anaya nous fait une démonstration de techniques de teinture avec du henné et de la garance.

Les teintes sont subtiles et pâles car nous avons peu de temps pour laisser les laines dans le bain de teinture. En suivant, Fatma, Anaya2 et Zaha nous montrent la préparation de la chaîne entre deux piquets en métal. Dans la tradition, les tisserandes sautent au dessus de la chaîne ourdie sur les poutres ensouples et celle qui est touchée par la baguette tenue par une autre femme est celle qui va tisser cette chaîne.

Le tissage reprend après le déjeuner. Il faut absolument terminer dans l’après-midi et les stagiaires ont encore quelques centimètres à tisser. Enfin, le cérémonial de la « tombée » des tapis commence avec les coupes de fils de chaîne en « 8 fenêtres du paradis ». Les tisserandes berbères sont ravies et les stagiaires aussi ! Leurs productions sont superbes, cohérentes et riches des échanges de la semaine.

Le goûter d’adieu est très émouvant et on a hâte de se retrouver l’année prochaine.

Avant de quitter Brahim, on fait une délicieux dîner de poulet grillé et légumes, arrosé d’un bon vin marocain.

Dimanche 12 octobre

Nous partons de bonne heure pour Ouarzazate afin de visiter l’impressionnante Kasbah Taourirte. Bâti dans le Ksar du même nom, elle fut le palais du Glaoui, le célèbre Pacha de Marrakech qui la transformé en une magnifique citadelle. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est actuellement partiellement en travaux. Cependant, la visite est vraiment intéressante.

Après ce magnifique séjour et un rapide brunch, il nous restait à prendre notre avion pour Marseille.

Mes interlocutrices marocaines, les tisserandes, les cuisinières, notre hébergeur et notre irremplaçable chauffeur

ainsi que les stagiaires ont fait de cette semaine de travail, de rencontres et d’échanges, et de détente aussi une

vraie réussite, chaleureuse et productive. Je les remercie infiniment,

SYLVIE BOYER Tissage d'Art Stages et Formations

sylvieboyer47@aol.com - www.sylvieboyer-tissage.com

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